Psaume 130 Le pardon du pèlerin

LE PARDON DU PÈLERIN
Psaume 130

Paulin BÉDARD*

Chers frères et sœurs,

Le Psaume 130 s’appelle un « cantique des montées ». Il était chanté pendant que les pèlerins montaient vers Jérusalem pour aller adorer Dieu. Ces croyants montaient physiquement les collines jusqu’à la montagne de Sion. Il fallait aussi qu’ils « montent » spirituellement, que leur cœur s’élève vers Dieu.

Le pèlerin du Psaume 130 est pourtant au plus creux. Il est en détresse au plus profond de l’océan de ses angoisses à cause de ses péchés. Mais Dieu lui fait la grâce d’élever son cœur au plus haut, vers le trône de la grâce. Il monte vers Jérusalem, symbole sur terre du trône de la grâce qui est au ciel. Le Psaume 129 nous avait parlé de la délivrance du pèlerin. Le Seigneur a délivré son peuple de ses ennemis ; il promet encore sa délivrance. Le Psaume 130 se concentre sur un ennemi particulier, un ennemi des plus redoutables : le péché. Lorsque le poids du péché nous tire vers le bas, il nous faut regarder vers le haut pour espérer en l’Eternel, espérer son pardon. Le Psaume 130 célèbre le pardon du pèlerin.

1. Un cri désespéré (Ps 130.1-2)

Le pèlerin se sent comme englouti dans une mer déchaînée. Il est entraîné au fond de l’océan. « Des profondeurs de l’abîme je t’invoque, Eternel ! Seigneur, écoute ma voix ! » (v. 1) Il est au milieu d’un grave danger et c’est là qu’il appelle à l’aide l’Eternel, le Dieu de l’alliance. Au secours, Seigneur !

Il est tellement difficile de nous exercer à la prière. Quand tout va bien et que nous vivons dans la prospérité, nos prières sont froides et sans ferveur. Nous nous pensons en sécurité dans notre confort. Quand tout va mal et que nous traversons les pires adversités, ce n’est pas mieux. Nous sommes paralysés par la douleur ou terrorisés par le danger, incapables de lever nos regards vers le Seigneur. N’est-il pas remarquable d’entendre cet homme, plongé dans une situation désespérée, élever son cœur vers Dieu et le supplier de toutes ses forces, avec ardeur et avec passion ! Dans son trou, le pèlerin désespéré élève sa voix vers le trône de la grâce pour y trouver grâce au moment opportun.

Ce pauvre malheureux n’a pas essayé de flatter Dieu pour gagner sa faveur. Il n’a pas essayé de se montrer gentil aux yeux de Dieu. Il n’a pas fait de promesse : « Non, non, je ne le ferai plus jamais, je le promets. » Ou encore : « A partir d’aujourd’hui, je m’engage à faire mieux. » Pas du tout ! Cet homme est profondément humilié par son propre péché. Tout ce qu’il désire, c’est obtenir la faveur de son Père céleste. Tout ce qu’il veut, c’est être entendu pour pouvoir être pardonné de tous les torts qu’il a causés. « Seigneur, écoute ma voix ! Que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications ! » (v. 2) On ne peut pas forcer Dieu. On ne peut pas acheter la faveur de Dieu. On doit simplement l’implorer pour qu’il entende nos prières.

Le seul autre endroit dans l’Ancien Testament qui contienne cette expression, « Que tes oreilles soient attentives », se trouve en 2 Chroniques 6.40. Salomon a fait cette prière lors de la dédicace du temple : « Maintenant, ô mon Dieu, que tes yeux soient ouverts et que tes oreilles soient attentives à la prière faite en ce lieu ! » Dieu a répondu à Salomon : « Désormais mes yeux seront ouverts et mes oreilles seront attentives à la prière faite en ce lieu » (2 Ch 7.15) Dieu entendait les prières faites au temple ou faites en direction du temple. Pourquoi ? Parce qu’au temple le grand sacrificateur offrait des sacrifices d’animaux. Ces sacrifices représentaient le grand sacrifice de Jésus offert plus tard sur la croix.

Comment ce pèlerin pouvait-il oser demander à Dieu d’écouter sa voix dans sa détresse ? Parce que son cœur était orienté vers Jérusalem, vers le temple, là où l’Evangile de la grâce était déjà proclamé au moyen d’une aide visuelle sanglante. Oui, les oreilles du Seigneur sont attentives aux prières faites en ce lieu ou en direction de ce lieu. Comment pouvons-nous espérer que Dieu entende nos prières dans nos détresses ? Uniquement grâce au sang de Jésus versé à la croix pour nos péchés. Crions à l’Eternel et mettons notre confiance dans le sang de Jésus. C’est tout ce qu’il faut demander, une oreille attentive, que Dieu écoute ma voix, qu’il soit attentif à mes supplications. Voyez la grande simplicité de cette prière. Que personne ne dise que prier est compliqué. « Seigneur, entends ma voix, je suis dans la détresse, au secours ! Au secours à cause de Jésus ! »

2. Un pardon assuré (Ps 130.3-4)

Soudain, la détresse se transforme en grande assurance devant Dieu. « Si tu gardais (le souvenir) des fautes, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? Mais le pardon (se trouve) auprès de toi, afin qu’on te craigne. » (vv. 3-4) Dans le texte, nous voyons quelques mots entre parenthèses. Ces parenthèses signifient que, dans le texte en hébreu, ces mots ne sont pas là. C’est le traducteur qui a jugé bon de les ajouter pour mieux nous faire comprendre. La poésie hébraïque est souvent très comprimée. On ménage le nombre de mots pour produire un effet poétique plus puissant. « Si tu gardais les fautes, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? Mais le pardon est auprès de toi, afin qu’on te craigne. » Oui, si Dieu gardait (le souvenir) des fautes, si Dieu s’en souvenait, qui pourrait tenir devant lui ? Le pèlerin a d’abord supplié le Seigneur dans sa détresse personnelle. Il pense maintenant à toute la race humaine, pas seulement à lui, mais à tous les hommes. Il reconnaît que personne ne peut prétendre être juste devant Dieu. Ni lui ni personne d’autre.

Quand Dieu nous envoie des épreuves, souvent notre orgueil nous amène à penser: « Mais pourquoi une telle chose m’arrive-t-elle ? Il me semble que je mérite mieux que ça… » Le pèlerin du Psaume 130 ne raisonne pas du tout de cette façon ! Dans la détresse que Dieu lui envoie, il sait qu’il mérite beaucoup plus. Dieu pourrait m’envoyer des détresses bien pires. « Si tu gardais les fautes, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? » Nous n’osons pas imaginer à quoi notre vie pourrait ressembler si Dieu gardait le souvenir des fautes, si le Seigneur retenait contre nous tous les torts que nous avons causés, toutes les offenses que nous avons commises contre sa sainte majesté. « Qui pourrait subsister ? » Littéralement : « Qui pourrait tenir debout ? » Le Psaume ne donne pas directement la réponse à la question. Poser la question, c’est y répondre. Nous n’avons pas toujours besoin de donner à nos interlocuteurs toutes les réponses bien  « mâchées ». Il suffit parfois de poser la bonne question. En plus, la question est posée à Dieu, dans la prière : « Si tu gardais les fautes, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? » Evidemment, Dieu connaît la réponse, il est le Dieu saint. Le pèlerin connaît la réponse, lui aussi. Vous connaissez aussi la réponse dans vos cœurs. Si Dieu nous punissait comme nous le méritons, où serions-nous ? Qui pourrait rester là, debout devant lui et debout dans la vie ?

« Mais le pardon (se trouve) auprès de toi ! » Quelle vérité toute simple et tellement glorieuse ! Quelle simplicité de l’Evangile ! Quelle assurance émouvante et solide du pèlerin ! Lui qui, il y a un instant, était englouti au plus profond de l’océan par la gravité de ses péchés, il a maintenant dans son cœur cette confiance sereine et paisible. Il est capable de déclarer devant Dieu et devant le monde entier que nous n’avons aucune justice en nous-mêmes, mais que le pardon se trouve auprès de l’Eternel. C’est la plus belle nouvelle au monde ! Le pardon est auprès de toi, Seigneur ! Sommes-nous capables de prononcer cette prière avec autant de simplicité ? « Le pardon (se trouve) auprès de toi. »

Comment le pèlerin peut-il exprimer une telle assurance devant Dieu ? Parce qu’il est tourné vers Jérusalem, vers le temple, là où les sacrifices d’animaux sont offerts chaque jour pour les péchés du peuple. Ce n’est pas le pèlerin qui, tout à coup, a la bonne idée de demander pardon à Dieu. C’est Dieu qui est venu au-devant d’Israël pour donner à son peuple une image, une représentation visuelle du sacrifice de Jésus. C’est Dieu qui, de toute éternité, a prévu et préparé le moyen par lequel nous sommes délivrés de notre profonde misère. Comment exprimer à notre tour cette même confiance ? En regardant à Jésus, en tournant nos regards vers lui, qui est descendu au plus profond, au plus creux de son agonie sur la croix, pour accomplir la purification des péchés de son peuple. Il est ensuite ressuscité, il est monté au ciel, il est assis à la droite du Père, et c’est là que nous regardons pour trouver le pardon.

« Afin qu’on te craigne. » Qu’est-ce que cela veut dire ? « Le pardon se trouve auprès de toi, afin qu’on te craigne. » Vous souvenez-vous des trois choses qu’il faut connaître pour vivre et mourir dans l’heureuse assurance d’appartenir à Jésus-Christ ? Voici les trois choses à connaître : le péché, la grâce et la gratitude ; la grandeur de mon péché, la délivrance en Jésus-Christ et la reconnaissance que je lui dois. C’est exactement ce que nous trouvons au Psaume 130. « Si tu gardais le souvenir des fautes, Seigneur, Eternel, qui pourrait subsister ? Mais le pardon se trouve auprès de toi, afin qu’on te craigne. » Le Seigneur a le désir de pardonner, parce qu’il veut être craint.

Notre salut se trouve en lui seul. Toute notre vie devrait être une expression continuelle de gratitude. Nous avons été pardonnés ; tout ce qui nous reste à faire, c’est de craindre l’Eternel, non pour gagner des points, mais par pure reconnaissance. Dieu ne nous pardonne pas pour que nous puissions prendre nos péchés à la légère. « Ce n’est pas grave, de toute façon, Dieu va me pardonner ! » Non, Dieu pardonne pour que nous puissions le craindre, pour que nous puissions vivre dans une obéissance nouvelle, par la puissance du Saint-Esprit. Le pardon ne devrait pas nous amener à rester dans le péché. Le pardon devrait nous amener à la véritable adoration, à l’amour pour Dieu et pour ses commandements. « Afin qu’on te craigne. »

3. Une espérance entière dans l’Eternel (Ps 130.5-6)

Le pèlerin vient de faire une déclaration générale. Il vient de dire que Dieu fait grâce à des pauvres pécheurs qui se tournent vers lui. Il en a l’assurance. Maintenant le pèlerin applique cette vérité générale à sa vie personnelle. « J’espère en l’Eternel, mon âme espère, et je m’attends à sa parole. » (v. 5) Le pronom redevient « je ». On aura beau proclamer des grandes vérités à tout le monde, si on n’est pas capable de dire : « Oui, c’est vrai pour moi », tout cela ne vaut pas grand-chose. « J’espère en l’Eternel », oui, moi personnellement. Le mot « espérer » signifie attendre, comme quelqu’un tendu vers l’avant, avec le désir profond de voir quelque chose se produire. Le pèlerin est tendu vers l’avant. Toutes les fibres de son être sont tendues dans l’espoir que Dieu agira et qu’il tiendra parole : « et je m’attends à sa parole ». Tout le gâchis qu’il a causé par son péché n’aura pas le dernier mot. Il y a un avenir, il y a une espérance pour ceux qui s’attendent en l’Eternel et qui mettent leur confiance dans ses promesses.

Mais il faut attendre, il faut être patient, il faut espérer que la Parole de Dieu s’accomplisse en ma faveur. « Mon âme (compte) sur le Seigneur, plus que les gardes (ne comptent) sur le matin, que les gardes (ne comptent) sur le matin. » (v. 6) « Mon âme (compte) sur le Seigneur, plus que les gardes sur le matin. » Les gardes doivent veiller, ils doivent persévérer, ils doivent être vigilants au cas où un ennemi surgirait. Ils aspirent au matin pour qu’enfin finisse leur tour de garde. Ils sont conscients de chaque minute qui s’écoule lentement au milieu de la nuit noire. Ils espèrent une chose : que le matin enfin se lève. Mon âme compte sur le Seigneur encore plus que les gardes ne comptent sur le matin. Mon âme espère en Dieu. Mon âme attend l’aube de l’amour de Dieu, l’aube de sa miséricorde en ma faveur. Peut-être ai-je beaucoup péché, peut-être ai-je blessé beaucoup de personnes, peut-être ai-je causé beaucoup de gâchis autour de moi, dans ma famille, dans l’Eglise ou dans ma propre vie, mais j’ai une espérance. Le pardon de Dieu me donne une espérance pour l’avenir. J’espère en l’Eternel de tout mon cœur, de toute mon âme. Je m’attends à lui de toutes les fibres de mon être. Est-ce là votre prière ? Est-ce là votre espérance ?

4. Une solide proclamation à toute l’Eglise (Ps 130.7-8)

Maintenant, la longue attente est terminée pour celui qui a crié à l’Eternel dans son désespoir. Il était dans les profondeurs de l’abîme, il a regardé vers le haut pour crier à l’Eternel. Il a reçu le pardon de ses péchés, il en a l’assurance. Il espère en Dieu, confiant dans l’avenir. Et maintenant, que fait-il ? Il exhorte ses frères à faire de même. Il proclame la bonne nouvelle. « Israël, attends-toi à l’Eternel ! » (v. 7) Pourquoi Israël peut-il aussi s’attendre à l’Eternel ? « Car la bienveillance est auprès de l’Eternel, et la libération abonde auprès de lui. C’est lui qui libérera Israël de toutes ses fautes. » La bienveillance est auprès de l’Eternel. La bienveillance, la hèsèd en hébreu, c’est un mot qui revient souvent, qui se rapporte à l’alliance et qui est difficile à traduire en français. Grâce, bienveillance, fidélité, loyauté, amour indéfectible du Dieu de l’alliance. Tous ceux qui agonisent dans les profondeurs de leurs péchés et qui crient leur détresse au Seigneur, tous ceux-là reçoivent le pardon à cause de sa bienveillance et de sa grâce. Le pèlerin en a fait lui-même l’expérience. Il annonce maintenant joyeusement la bonne nouvelle au milieu de l’assemblée. « Israël, attends-toi à l’Eternel ! »

Ce cadeau n’est pas seulement une promesse pour l’avenir. C’est une réalité déjà présente. Dans l’Ancien Testament, on voyait déjà venir au loin quelque chose de grand : « C’est lui qui libérera Israël de toutes ses fautes. » Le temple annonçait un sacrifice plus grand à venir, le sacrifice de Jésus-Christ à la croix. La libération, la rédemption, c’est là qu’elle s’est finalement accomplie. Les sacrifices d’animaux ne faisaient que l’annoncer pour qu’Israël puisse espérer. Jésus est venu l’accomplir. Il a payé pour tous les péchés passés de son peuple, les péchés des pèlerins de l’Ancien Testament, les péchés d’Israël. Il a aussi payé pour tous les péchés à venir de son Eglise. Déjà, dans l’Ancien Testament, les croyants pouvaient dire : « La libération abonde auprès de lui. » La libération du péché était déjà abondante pour eux. Le pèlerin en faisait la proclamation solide et joyeuse. A combien plus forte raison nous aussi, nous qui vivons après la venue de Jésus, une fois qu’il a vraiment accompli la libération, la rédemption par son sacrifice. Oui, certainement, nous pouvons proclamer avec force : « La libération abonde auprès de lui », elle est abondante.

Libération ! Libéré de ses fautes ! Pas seulement pardonné, mais libéré ! Libéré de la condamnation du péché, libéré de la puissance du péché. « Que le péché ne règne donc pas dans votre corps mortel », dit l’apôtre Paul (Rm 6.12), car nous sommes morts au péché, nous sommes morts avec Jésus, nous sommes unis à lui dans sa mort et sa résurrection pour que le péché n’exerce plus son emprise sur nous. La libération abonde auprès du Seigneur. Elle est bien plus grande que nous ne pouvons l’imaginer ou que nous ne pouvons l’espérer.

Pensez-vous que vos péchés soient si horribles ? Pensez-vous que vous êtes incapables de vous sortir du trou quand vous retombez toujours dans les mêmes péchés ? Etes-vous découragés par tous les péchés qui sont encore là, dans votre vie, dans votre famille ou dans l’Eglise? Eglise du Seigneur, attends-toi à l’Eternel ! Dans la profondeur de ta misère, lève les yeux vers le haut ! Lève ton cœur vers le trône de la grâce ! Espère en ton Dieu ! Car la bienveillance, la fidélité, la grâce, l’amour, la loyauté indéfectible se trouvent auprès de l’Eternel. La libération abonde auprès de lui. Marchons plein d’espérance vers la nouvelle Jérusalem. C’est lui qui libérera son Eglise de toutes ses fautes. Amen.

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