Wim VERBOOM – La Revue réformée http://larevuereformee.net Fri, 26 Aug 2011 15:27:19 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.8.13 L’enseignement de la foi (1) http://larevuereformee.net/articlerr/n202/lenseignement-de-la-foi-1 Fri, 26 Aug 2011 15:46:24 +0000 http://larevuereformee.net/?post_type=articlerr&p=618 Continuer la lecture ]]> L’enseignement de la foi (1)

W.VERBOOM

Le professeur W. Verboom, qui enseigne la catéchèse aux futurs pasteurs à l’Université aux Pays-Bas, nous propose trois études sur ce sujet.
Son plan général est le suivant:

  • Introduction et l’enseignement religieux dans l’Ancien Testament
  • L’enseignement religieux dans le Nouveau Testament
  • Education et catéchèse aujourd’hui

Le première étude paraît dans le présent numéro; les deux autres, dans les numéros suivants.
 

Introduction

Face à la grande ignorance qui régnait dans l’Eglise catholique romaine, les Réformateurs sont convaincus que les chrétiens devaient connaître, de façon personnelle, l’Ecriture et le Seigneur, et vivre avec lui par la foi en Jésus-Christ. C’est pourquoi on peut dire que la Réforme a été un réveil dans le domaine de l’éducation et de la catéchèse. Le travail de Luther à Wittenberg, de Calvin à Genève ou de Bucer à Strasbourg, en marque le début. Pour les Réformateurs, l’important était la formation d’une nouvelle génération de croyants confessant la foi chrétienne.
Les parents qui ont fait baptiser leurs enfants sont exhortés à leur enseigner la religion chrétienne. Des réunions catéchétiques dominicales pour parents et enfants sont organisées, dans lesquelles l’enseignement des enfants joue le plus grand rôle. Des écoles sont fondées un peu partout, avec pour but d’instruire les enfants dans la connaissance de la Bible, la doctrine religieuse et la vie chrétienne, dans l’exercice de la prière; ils y apprennent les questions et les réponses du catéchisme qu’ils récitent le dimanche après-midi.

La Réforme a aboli la confirmation comme étant une cérémonie non biblique et l’a remplacée par la confession de foi publique où les jeunes (de 12 à 14 ans) répondent au baptême qu’ils ont reçu étant enfants. Ainsi une certaine structure d’apprentissage est établie: baptême, éducation et catéchisme, confession de la foi en public et participation à la sainte cène.

Dans son Institution chrétienne (IV-xix-13), Calvin écrit:

Je souhaiterais que nous retinssions la manière que j’ai dite avoir été chez les anciens, avant que cette fiction abortive [1] de sacrement vînt en avant. Non pas qu’il y eût une telle confirmation, qui ne se peut même nommer sans faire injure au baptême, mais une instruction chrétienne, par laquelle les enfants ou ceux qui auraient passé l’âge d’enfance, eussent à exposer la raison de leur foi en présence de l’Eglise. Or ce serait une très bonne manière d’instruction, si on avait un formulaire proprement destiné à cette affaire, contenant et déclarant familièrement tous les points de notre religion, auxquels l’Eglise universelle des fidèles doit sans différence consentir [2] , et que l’enfant de dix ans ou environ se présentât à l’Eglise pour déclarer la confession de sa foi [3] . Qu’il fût interrogé sur chaque point, et eût à répondre; s’il ignorait quelque chose, ou n’entendait [4] pas bien, qu’on l’enseignât en telle manière qu’il confessât, présente et témoin l’Eglise, la vraie foi pure et unique, en laquelle tout le peuple fidèle d’un accord honore Dieu.
Certainement si cette discipline avait lieu, la paresse de certains pères et mères serait corrigée, car ils ne pourraient alors sans grande honte omettre l’instruction de leurs enfants, dont ils ne se soucient pas maintenant beaucoup. Il y aurait meilleur accord de foi entre le peuple chrétien, et il n’y aurait point si grande ignorance et rudesse en plusieurs. Quelques-uns ne seraient pas si aisément transportés par de nouvelles doctrines : en somme chacun aurait une adresse [5] de la doctrine chrétienne.

Le protestantisme réformé a toujours sauvegardé cette structure d’apprentissage, accentuant la tâche des parents et de l’Eglise dans l’enseignement des enfants. Si, à certains moments, cet apprentissage est devenu une forme sans contenu, à d’autres elle a refleuri et, jusqu’à nos jours, elle a gardé son utilité.

Les vagues de la sécularisation se sont abattues sur les jeunes générations et l’Eglise est devenue une petite minorité, même dans les pays où elle a occupé une place importante. Dans le monde en changements incessants qu’est le nôtre, l’enseignement et l’éducation dans l’Eglise et la famille varient jusqu’à la contradiction, allant d’une instruction biblique déductive aux pratiques inductives plus libres dépourvues de contraintes. Certains veulent transmettre la culture chrétienne qu’ils ont reçue, alors que d’autres affirment qu’il ne le faut pas afin que chacun soit vraiment laissé libre de faire son choix personnel.

Au vu de ces diverses tendances, je vous propose d’entreprendre un voyage dans la Bible – la norme pour notre vie dans tous ses aspects, y compris l’apprentissage de la foi – afin de découvrir comment elle parle de l’enseignement et de l’éducation religieuse. Quelle est la place de l’enseignement dans les Ecritures? Qui enseigne, et comment? Comment la foi personnelle et la foi de l’Eglise sont-elles reliées?

I. L’enseignement religieux dans l’Ancien Testament

A) Le cadre de l’enseignement

Le cadre de l’enseignement dans l’Ancien Testament, de l’histoire racontée et des propos échangés est celui de l’Alliance. Dieu établit une relation de grâce avec des personnes qui ne l’ont ni demandée, ni méritée. C’est là un miracle que racontent des histoires bibliques – Genèse 15, Deutéronome 29 et Josué 24 – où l’Eternel conclut une alliance avec son peuple. De nombreux textes chantent la richesse de cette alliance, cet acte de Dieu, comme le Psaume 105:8: « Il se souvient à toujours de son alliance, de sa parole pour mille générations. »

Le Dieu de l’Alliance promet à son peuple de nombreuses bénédictions, tant matérielles que spirituelles, et il l’appelle en même temps à répondre par la foi et par la repentance. L’enseignement religieux en Israël est le moyen qui doit amener les gens à répondre à l’Alliance, de telle sorte que l’amour unilatéral de Dieu, devienne bilatéral. Le signe et le sceau de l’Alliance conclue avec Israël est la circoncision; mais la circoncision extérieure compte bien moins que celle du coeur. C’est le coeur qui est à purifier afin d’être un temple pour l’Eternel.

Mais comment l’homme répondra-t-il à l’Alliance s’il n’apprend pas ce qu’elle implique et qui est son auteur? Il était donc indispensable que Dieu se fasse connaître comme Dieu de son peuple, comme le Père céleste qui, plein d’amour, prend soin de lui. Il lui enseigne ses hauts faits, sa puissance et sa justice, son amour et sa colère. Le Père fait proclamer ses promesses et ses ordonnances. C’est ainsi que l’homme apprend à connaître le Dieu de l’Alliance et à lui répondre dans un processus personnel d’appropriation. Cette connaissance n’est pas seulement intellectuelle: le mot hébreu pour « connaître l’Eternel » signifie « être en communion avec lui », et s’emploie aussi pour caractériser la relation intime entre époux et épouse, la communion conjugale. L’Eternel veut une communion intime entre lui et l’homme, entre lui et son peuple. Il faut savoir que l´Alliance est une union, une relation d’amour entre Dieu et Israël.
Cette relation implique la totalité de l’homme, l’intelligence, le coeur, la vie et la conduite, comme l’exprime Deutéronome 6: « Tu aimeras l’Eternel ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. » Aujourd’hui, on dirait qu’il s’agit non pas seulement d’une connaissance cognitive, mais encore affective et active. Il s’agit d’une attitude, d’un mode de vie. L’apprentissage qui mène à Dieu et à répondre à l’Alliance n’est pas inné ou naturel, car par nature même l’enfant né dans l’Alliance ne prend aucun plaisir à connaître l’Eternel et ses voies. L’homme pécheur par nature ne ressent pas le besoin de connaître Dieu, il n’en a donc pas envie, mais l’a en aversion.

B) Le « grand docteur »

L’homme doit apprendre et Dieu est le docteur qui enseigne son peuple. Dieu enseigne personnellement et son peuple d’Israël – « Il révèle ses paroles à Jacob, ses prescriptions et ses ordonnances à Israël » – et les individus: « Eternel, enseigne-moi… Béni sois-tu, Eternel! Enseigne-moi tes prescriptions!… Instruis-moi, Eternel, dans la voie de tes prescriptions, pour que je les garde jusqu’à la fin! » (Ps 119:12, 33) Ainsi, le peuple et l’individu ne sont pas séparés, mais distingués. Deutéronome 32:11 emploie une image magnifique et captivante pour éclairer cet enseignement: Dieu est comparé à un aigle qui apprend à voler à ses petits. Le rapace précipite ses petits dans le vide d’une hauteur vertigineuse afin de leur apprendre à sentir leurs ailes et à voleter. Mais ils sont si jeunes, si faibles, ils risquent de se tuer. C’est alors que l’aigle, mâle ou femelle, se précipite sous ses petits en déployant ses ailes pour les intercepter. Et l’exercice est répété avec une patience inépuisable jusqu’à ce que les petits sachent se servir de leurs ailes. De même Dieu apprend à son peuple, non pas à voler de ses propres ailes, c’est-à-dire en dehors de lui, mais à vivre selon sa volonté, c’est-à-dire en se sachant totalement tributaire de lui. Il s’agit là d’une éducation permanente par laquelle l’Eternel apprend à son peuple à répondre à son Alliance.

Comment s’effectue cet enseignement? Par des instruments: Dieu engage des hommes pour enseigner dans la famille et dans la communauté, les deux foyers d’une même ellipse, qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre, qui sont indissociables. Dans la famille, les parents enseignent les enfants. Dans l’Eglise, ce sont les conducteurs spirituels et d’autres membres qui le font, chacun ayant une tâche spécifique. Cela peut paraître insuffisant; pourtant, c’est par l’intermédiaire de ces personnes que Dieu enseigne à son peuple comment marcher dans ses voies.

C) L’enseignement dans la famille

Dans l’Ancien Testament, cet enseignement est surtout la responsabilité du père, la mère ayant, elle aussi, sa part. Le livre des Proverbes (1:8) évoque l’enseignement de la mère qu’il ne faut pas « rejeter ».

i) Un exemple typique de cet enseignement se trouve en Deutéronome 6. Après la formulation du schéma d’Israël: « L’Eternel notre Dieu, l’Eternel est un » et l’ordre d’aimer Dieu, les parents sont incités à « inculquer » à leurs enfants ces paroles en parlant toujours et partout, en voyage, au coucher comme au lever. Cette tâche des parents est permanente et concerne tous les aspects de la vie!

ii) Le Psaume 78 est une autre illustration. Asaph chante l’histoire d’Israël riche en grands actes de Dieu, que les parents ont entendue de leurs parents et qu’ils transmettent à leurs enfants afin que ceux-ci, à leur tour, fassent de même. Les parents ont leur place dans la tradition narrative d’Israël. En écoutant, les enfants apprennent à mettre leur confiance en Dieu et sont invités à ne pas oublier d’observer ses commandements (v. 7).

iii) En Exode 12, lors de l’institution de la Pâque, il est indiqué que, désormais, pendant la célébration familiale de la Pâque, l’enfant demandera ce qu’elle signifie, et le père répondra en racontant l’exploit grandiose par lequel Dieu a fait sortir son peuple d’Egypte, sans omettre sa colère contre les Egyptiens. C’est ainsi qu’Israël célèbre, de génération en génération, la fête de la libération.

D) L’enseignement dans la communauté

Dans ce cadre, l’enseignement s’adresse moins à chaque individu qu’à toute la communauté. Dans le livre du Deutéronome, plusieurs discours de Moïse, l’homme de Dieu (Ps 90:1), ont pour but d’enseigner le peuple:
Moïse convoqua tout Israël, et lui dit: Ecoute, Israël, les prescriptions et les ordonnances que je proclame aujourd’hui à vos oreilles. Apprenez-les, observez-les pour les mettre en pratique. (Dt 5:1)

Plus tard, Samuel a la même vocation, et après la déportation et le retour de Babylone, le peuple assemblé dans la ville reconstruite de Jérusalem écoute le docteur de la loi Esdras qui lit la Torah devant le peuple, les jeunes, les vieux et les enfants. Ensuite, les Lévites et d’autres passent entre les rangées et expliquent ce qu’Esdras a lu. C’est là un beau modèle d’enseignement de la communauté réunie. La lecture de la Torah, la catéchèse et la prédication vont ensemble en Israël.

De plus, les prêtres ont la charge d’instruire ceux qui viennent présenter des sacrifices au sanctuaire, en leur enseignant la Torah, la signification des sacrifices et la sagesse pratique concernant la vie de tous les jours. Lévitique 10:11 dit que les sacrificateurs doivent enseigner aux Israélites toutes les prescriptions que l’Eternel leur a données par l’intermédiaire de Moïse; voir aussi Deutéronome 33:10: « (Les descendants de Lévi) enseignent tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël. » Lorsque, plus tard, le prophète Osée se plaint que le peuple a été exterminé faute de connaissance, cela est imputable aux sacrificateurs qui ont négligé leur ministère:

Mon peuple périt parce qu’il lui manque la connaissance. Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai de mon sacerdoce; comme tu as oublié la loi de ton Dieu, moi de même j’oublierai tes fils.

Le sacrificateur exerce un ministère qui exige d’avoir des sentiments de pitié et de compassion, car il connaît la signification profonde des sacrifices, leur raison d’être. Il a la possibilité unique de compatir aux souffrances du peuple et de lui dispenser un enseignement. Sa fonction est celle d’intermédiaire entre la Torah et le peuple en l’interprétant et l’appliquant aux situations pratiques et concrètes de chacun.

Après la déportation, l’enseignement n’est plus une tâche aussi évidente pour les sacrificateurs. A leur place, les docteurs de la loi se présentent comme des spécialistes de la Torah, avec le danger que l’enseignement devienne l’exposé d’une connaissance froide, dépourvue de compassion, de la Loi et des traditions rituelles. C’est contre cette pratique et la mentalité qui la sous-tend que s’élève Jésus, lui qui est à la fois Prophète et Sacrificateur, et qui sait consoler celui qui est abattu.

Le temps de la déportation a été une période de lourdes conséquences pour le peuple. A Babylone et ailleurs apparaissent les synagogues, lieux de rencontre où les déportés s’assemblent. On y lit la Torah et on y dispense un enseignement. Les synagogues deviennent des institutions scolaires où on inculque les lois aux enfants et où on discute avec les étudiants plus avancés [6] .

Plus tard, le régime scolaire s’élargit. Il y a, tout d’abord, l’enseignement aux débutants dans la beth ha sefer (maison du livre), où les enfants apprennent à lire la Torah; ensuite, la beth ha midrasj (maison de l’explication) où les étudiants recherchent et analysent la véritable signification de la Loi. Pour le peuple juif, cet enseignement dans la sjoel est devenu caractéristique jusqu’à aujourd’hui. L’objectif de l’enseignement religieux donné aux enfants est devenu, plus tard, le bar mitswa , ce qui veut dire « devenir fils de la Loi » [7] . C’est à l’âge de 13 ans environ que l’enfant doit savoir lire les textes sacrés. Pour le garçon, c’est un droit et un privilège de pouvoir le faire dans l’assemblée de la communauté; il y assume, ce jour-là, toutes sortes de responsabilités [8] .

Il existe aussi des formes spéciales d’enseignement. Pensons aux écoles de prophètes du temps d’Elisée (2 Rois). Plus tard, des rabbis de renom réunissent autour d’eux un groupe d’élèves afin de les enseigner, comme l’a fait Jésus. Cependant, ce qui distingue Jésus des autres rabbis, c’est qu’il appelle lui-même ses élèves, ses disciples à le suivre et que ceux-ci n’ont pas à se faire accepter de lui.

A mentionner l’établissement par écrit du texte de la Torah et des autres écrits qu’on lit lorsque la communauté s’assemble. Parmi ceux-ci, il y a la littérature de la Sagesse, notamment les Proverbes de Salomon, qui exhortent les enfants à écouter leurs parents. Le livre des Proverbes fait clairement entendre le message que « la crainte de l’Eternel est le commencement de la connaissance » (1:7). Les Psaumes ont deux préoccupations: louer les hauts faits de l’Eternel et communiquer une instruction.

E) Se souvenir et ne pas oublier

L’Eglise pourrait tirer grand profit, aujourd’hui, de la lecture du livre du Deutéronome. Il est un vrai modèle d’enseignement, non seulement par son contenu mais aussi par sa pédagogie et par l’information qu’il donne sur ce qu’était l’apprentissage en Israël. Deux mots clés caractérisent la pédagogie de ce livre: se souvenir et ne pas oublier .

i) Apprendre signifie se souvenir du Dieu d’Israël, et n’oublier ni ses actes, ni ses paroles. « Tu te souviendras de tout le chemin que l’Eternel ton Dieu t’a fait faire pendant ces quarante ans dans le désert » et « Garde-toi d’oublier l’Eternel ton Dieu au point de ne pas observer ses commandements, ses ordonnances et ses prescriptions que je te donne aujourd’hui » (Dt 8:2,11). Ces deux mots clés, se souvenir et ne pas oublier , vont ensemble maintes fois dans le livre du Deutéronome. Le mot hébreu zakar (se souvenir) ne veut pas uniquement dire qu’il faut garder quelque chose en mémoire, comme par exemple nous pouvons nous souvenir de la libération de la France en 1944; il a un sens plus profond: accepter de tout coeur, intimement, celui dont on se souvient. Israël doit accepter intimement l’Eternel puisque Dieu est pour son peuple non seulement le Dieu du passé, mais encore celui du présent et de l’avenir.

ii) Le mot « ne pas oublier » (en hébreu sjakar ) ne veut pas seulement dire « éviter que le temps n’efface les souvenirs », mais aussi continuer à penser à ceux qu’on risque d’oublier, par inadvertance ou de façon délibérée. Quand Israël oublie l’Eternel, il n’y a plus de liens entre Israël et l’Eternel. Oublier, c’est être infidèle et l’Alliance est rompue. En Osée (2:15), les relations entre Israël et l’Eternel sont comparées à un mariage où l’infidélité d’Israël s’est manifestée: « et moi (mon peuple) m’a oublié, dit l’Eternel ». Oublier est cause de malheur: être infidèle, c’est rompre les relations intimes qui rendent la vie possible et agréable. Celui qui oublie périt.

Se souvenir et ne pas oublier, voilà l’objectif de l’enseignement. Se souvenir, c’est répondre avec sincérité à la relation d’amour qu’a établie l’Eternel; c’est ce qui conduit à une vie riche en bénédictions. A plusieurs reprises, on peut lire dans le Deutéronome: « … afin que tu sois heureux sur le territoire que l’Eternel ton Dieu te donne. »

F) La matière à apprendre

Que doit apprendre Israël et que doit-il transmettre d’une génération à l’autre? En bref, la foi, le commandement et la prière.

i) Premièrement, il faut rappeler et enseigner, de génération en génération, les hauts faits de l’Eternel dans l’histoire de son peuple, les grands actes, les interventions qui caractérisent l’histoire du salut: en particulier, le miracle de la sortie du pays d’Egypte, le passage par le désert et l’entrée dans la Terre promise, et tous les actes dont ont profité les générations suivantes. Ces actes reflètent les attributs de l’Eternel et révèlent son être, son amour pour Israël, sa fidélité et sa patience inépuisable face aux péchés de son peuple. Ils manifestent également sa justice et sa sainteté: on ne se moque pas impunément de l’Eternel, et sa colère s’enflamme si on le renie. Ces hauts faits se lisent dans les Ecrits, la Tenach , qu’il faut relire continuellement. C’est le cas pendant les fêtes qu’Israël célèbre chaque année: le peuple se réunit pour commémorer – avec des rites et des symboles, avec la lecture des livres saints et avec le chant – que l’Eternel a délivré son peuple d’Egypte (la Pâque) et qu’il l’a guidé à travers le désert (la fête des huttes). Mais la fête de la Pentecôte (la fête de la moisson) comporte aussi de nombreux moments pour l’enseignement. Ces fêtes religieuses associent l’enseignement et la liturgie. Le verbeÇ « apprendre » éveille souvent en nous la crainte de la monotonie, mais ce n’était pas le cas en Israël. L’enseignement et la fête s’harmonisent. Chaque individu et le peuple dans son ensemble s’engagent totalement dans un processus d’apprentissage.

ii) En second lieu, il faut apprendre les commandements, les lois et les ordonnances que l’Eternel a donnés à son peuple. Chaque juif doit connaître la Loi divine, c’est-à-dire le Décalogue, avec ses conséquences pour la vie de tous les jours, que formulent de nombreuses prescriptions. Les commandements et les ordonnances de l’Eternel ont un caractère pratique. Les apprendre ne revient pas à s’approprier des abstractions, mais des règles concrètes et fonctionnelles. L’essentiel est de craindre l’Eternel dans la vie de tous les jours, de vivre comme une nation sainte. Le peuple apprend donc les lois cultuelles, aussi bien que celles qui sont relatives à la vie de famille (le mariage par exemple) et à la vie sociale. Comment se comporter au travail, ou en cas de maladies comme la lèpre, ou encore en situation de guerre ou de paix? Comment se comporter à l’égard des étrangers, des réfugiés venus des peuples environnants? Il faut les aimer et leur laisser des produits agricoles à glaner des champs, afin qu’eux aussi aient quelque chose à manger, tout comme les pauvres d’Israël. La législation sociale en son entier est comprise dans l’enseignement religieux donné aux Israélites.

iii) Enfin, Israël, étant le peuple de Dieu, est une communauté de prière qui doit apprendre à prier. L’une des plus importantes prières connues de la période ultérieure est le Sjemone Ezré , prononcée dans les synagogues trois fois par jour. En apprenant à prier à ses disciples, Jésus continue la tradition de la prière en Israël, en lui donnant un nouveau contenu.
Le modèle du contenu de l’enseignement religieux en Israël a continué à servir dans l’Eglise chrétienne, jusqu’à aujourd’hui. En étudiant des textes servant à l’enseignement dans l’Eglise, comme le Catéchisme de Heidelberg , on y retrouve le même schéma qu’en Israël: la foi, le commandement et la prière.

G) La méthode d’apprentissage

Quelles sont les méthodes pour enseigner à la nouvelle génération la foi, le commandement et la prière?

i) Tout d’abord, on racontait des histoires. La tradition narrative constitue une partie intégrante de l’enseignement religieux en Israël. Qui ne connaît les histoires racontées par les rabbins, les histoires hassidiques? Innombrables sont les exemples que connaissent les juifs pour l’enseignement de la foi, du commandement et de la prière. Les histoires écrites que nous connaissons ont, d’abord, été transmises oralement. On imagine facilement les familles réunies, par exemple autour du repas de la Pâque, et les parents, qui ont entendu raconter ces histoires par leurs propres parents, les racontant eux-mêmes à leurs enfants. Ainsi, la foi des pères reste vivante et nouvelle (Ex 12:26-27) [9] . Comme à nouveau, les parents prononcent les paroles et les enfants doivent les répéter après eux. La répétition est le secret de la connaissance.

ii) Ensuite, il y a la conversation entre les parents et les enfants. Le livre des Proverbes en présente de beaux exemples. « Ecoute, mon fils, l’instruction de ton père, et ne rejette pas l’enseignement de ta mère. » (Pr 1:8) Le père apprend aux enfants comment l’Eternel veut être servi. Une telle conversation est d’un intérêt particulier pour nous aussi. Impossible d’inculquer quelque chose sans une conversation normale avec les enfants.

iii) Deutéronome 6 présente encore d’autres méthodes d’enseignement. Les Israélites connaissaient la valeur intrinsèque des symboles, des rites et d’autres signes visibles [10] . La foi d’Israël connaît une grande quantité de symboles. L’Eternel a ordonné à son peuple de ne pas se faire d’image taillée, de statue, de ne pas leur rendre un culte. Mais cela ne veut pas dire que l’élément visuel ne joue aucun rôle dans l’enseignement religieux. Deutéronome 6 mentionne les bandeaux de toile placés autour des mains et des bras pour la prière, et la gaine contenant la synthèse de la Torah que les Israélites devaient placer sur leur front, entre les yeux, qui symbolise le service de l’Eternel et implique la tête, le coeur et la main: c’est là le service intégral du croyant. Sa vie tout entière, tous ses faits et gestes en seront imprégnés. Une autre gaine contenant la Loi est fixée au montant de la porte de la maison, dite mezoeza . Qu’on entre ou qu’on sorte, la mezoeza rappelle le service de l’Eternel. Il en est ainsi pour les portes des maisons comme pour la porte de la cité, le coeur de la vie publique et politique.
De même, quand Israël a traversé le Jourdain pour entrer dans le pays de Canaan, les sacrificateurs ont érigé, dans la rivière, un mémorial de douze pierres, une pour chaque tribu, rappelant la fidélité dont Dieu entoure son peuple:
 

Lorsque, demain, vos fils demanderont à leurs pères: Que sont ces pierres? vous en instruirez vos fils et vous direz: Israël a traversé ce Jourdain à sec. Car l’Eternel, votre Dieu, a mis à sec devant vous le cours du Jourdain, jusqu’à ce que vous ayez passé, comme l’Eternel, votre Dieu, l’avait fait à la mer des Joncs qu’il a mise à sec devant nous jusqu’à ce que nous ayons passé. (Jos 4: 21-23)
Le culte dans le tabernacle et le temple: quelle riche matériel éducatif! Tout y a un sens symbolique: objets, formes, couleurs, pierres précieuses, etc. Le vêtement du souverain sacrificateur est tout un cours d’enseignement sur la manière dont Dieu veut être servi. Que d’oeuvres d’art – les formes fines, les belles couleurs – tout y respire l’esprit de l’adoration. Quelle expérience que d’apprendre en considérant tout cela!
Les actes sacrés sont également instructifs – les rites du sanctuaire dont les Israélites étaient témoins sur le parvis et en dehors ainsi que les cérémonies prescrites pour le début du sabbat, le vendredi soir – et constituent autant de moyens pour enseigner visuellement le service de l’Eternel.
 

iv) Le chant des hymnes que l’Eternel a donnés et inspirés à son peuple, les choeurs de prêtres, les psaumes du Hallel (Ps 113 à 118, qu’on chantait pendant le repas de la Pâque), les psaumes des montées (Maaloth , Ps 120 à 134), que les pèlerins chantaient en marche vers les grandes solennités religieuses sont des confessions de foi; la nouvelle génération y prend part et s’initie ainsi aux secrets du salut par la grâce.
Par tous ces moyens, Dieu se manifeste comme le grand Pédagogue dans l’intimité qu’il a établie avec son peuple, dans les bénédictions qu’il répand sur lui, mais aussi dans les châtiments qu’il lui inflige. Il veut ainsi le conduire à la repentance, lui faire reconnaître sa culpabilité, et confesser son péché, afin qu’il revienne à lui. La vie du peuple d’Israël est une leçon continue pour nous aussi.

H) Le but de l’enseignement

Le but de l’enseignement est la transmission de la foi à une nouvelle génération. Son principe est défini par les paroles de Proverbes 22:6: « Enseigne à l’enfant la voie qu’il doit suivre; même lorsqu’il sera devenu vieux, il ne s’en écartera point. » [11] En l’enseignant, en l’éduquant, on initie et on introduit l’enfant au service de l’Eternel. Aujourd’hui, on parlerait de « socialisation religieuse ». L’enfant reçoit les dons de l’Alliance et, en même temps, sa tâche est d’y répondre par une foi et une conversion personnelles. C´est ainsi que l’individu est inclus dans la communion de la communauté.

Ce processus ne s’arrête pas à un certain moment, mais dure du berceau jusqu’au tombeau. Dans les premières années, la connaissance est fondamentale, intellectuelle et aussi affective; elle va en s’élargissant et en s’approfondissant en compréhension et en prise de conscience. Devenu bar mitswa , le jeune aspire à acquérir une compréhension plus profonde de la Parole divine, et à l’appliquer à toutes les situations de la vie: le mariage, la maladie, la récolte des produits de la moisson, etc., partout et toujours. En fait, on demeure élève toute la vie; le professeur lui-même reste élève, et l’élève peut être professeur sans s’en rendre compte. Le processus d’apprentissage est vraiment mutuel. L’apprentissage concerne tout l’homme avec ses dimensions cognitives, intellectuelles, affectives, sensibles, actives, conatives (ce qui est relatif à l’acte et à ses effets): la tête, le coeur et la main. L’enseignement religieux s’intéresse à tous les aspects de la vie de l’homme.

En Israël, l’apprentissage a un caractère pastoral. L’Eternel enseigne son peuple comme un berger fait paître son troupeau. Sa Parole est la nourriture du troupeau. Elle sert aussi au Berger de houlette et de bâton afin de ramener au troupeau la brebis égarée. Cet aspect pastoral de la catéchèse est particulièrement visible dans la fonction du sacrificateur.

L’objectif de l’enseignement est de faire en sorte qu’Israël soit pleinement le peuple de Dieu, qu’il soit différent des païens qui l’entourent, et que même ceux-ci, émus à jalousie en considérant Israël, désirent connaître, eux aussi, le Dieu d’Israël. Cet élément missionnaire est très présent dans le Nouveau Testament.

Conclusion

L’Ancien Testament nous propose un modèle excellent d’enseignement des enfants. Le berceau de l’enseignement religieux de l’Eglise chrétienne se trouve en Israël. Néanmoins, la ligne qui relie l’Ancien Testament à notre temps n’est pas sans ininterruption, car le centre de notre foi reste la personne et l’oeuvre de Jésus-Christ. Cette différence capitale et les nouvelles perspectives apparues avec la venue de Christ ne s’opposent cependant pas au fait que bien des aspects de l’Ancien Testament existent pour notre instruction.
 


[1] Invention avortée, qui n’a pas abouti.
[2] Confesser d’un commun accord.
[3] Cf. « La manière d’interroger les enfants », Opera Calvini , tome VI, col. 148 et ss.
[4] Comprenait.
[5] Résumé des points principaux.
[6] Le synagogue s’appelle aussi le sjoel (prononcez: choule), mot dont sont dérivés le mot néerlandais et anglais school et le mot allemand Schule pour école.
[7] Le bar mitswa , quand on devient fils de la loi, est une réponse initiale à l’Alliance. Mais il ne constitue pas un point final dans l’enseignement religieux, comme c’est trop souvent le cas avec le catéchisme des adolescents aujourd’hui.
[8] Au Mur des Lamentations à Jérusalem, aujourd’hui, on peut assister à la fête du bar mitswa. Les garçons lisent les textes sacrés, on les met sur les épaules, on danse et sautille, on éprouve la joie de la Torah.
[9] Les parents ont le devoir d’inculquer à leurs enfants les commandements de l’Eternel (Dt 6). Le mot hébreu pour « inculquer » renferme la notion de « répétition ».
[10] Symbole = ce qui va avec, se confond avec, deux choses qui vont ensemble: un objet et ce que représente cet objet.
[11] (Version Synodale.) Le mot employé pour « enseigner » (chanak) signifie initier, introduire.

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II. L’Enseignement religieux dans le Nouveau Testament. http://larevuereformee.net/articlerr/n203/ii-lenseignement-religieux-dans-le-nouveau-testament Fri, 19 Aug 2011 16:36:00 +0000 http://larevuereformee.net/?post_type=articlerr&p=607 Continuer la lecture ]]> II. L’Enseignement religieux dans le Nouveau Testament.

Wim VERBOOM*

Le professeur Wim Verboom, qui enseigne la catéchèse aux futurs pasteurs à l’Université de Leyde, aux Pays-Bas, nous propose trois études.

Son plan général est le suivant:

–Introduction et l’enseignement religieux dans l’Ancien Testament. –L’enseignement religieux dans le Nouveau Testament. –Education et catéchèse aujourd’hui.

Le première étude a paru dans le précédent numéro; voici la deuxième. La dernière sera publiée dans un prochain numéro.

Introduction

Existe-t-il un lien entre l’enseignement et l’apprentissage selon le Nouveau Testament et ceux de l’Ancien Testament? L’Eglise primitive est née d’Israël à la Pentecôte et toutes sortes d’usages juifs y ont été perpétués. Jésus et ses apôtres lisent et expliquent les Ecritures de l’Ancien Testament. En observant la Torah, Jésus et Paul sont vraiment des fils d’Israël qui en respectent les usages et les coutumes.

S’il y a donc continuité, il y a aussi discontinuité. La foi ou l’incroyance vis-à-vis de Jésus, le Christ, ont suscité des chemins divergents: si l’Evangile donne à l´Eglise chrétienne son identité, cela ne veut pas dire, cependant, que l´Eglise se soit substituée à Israël, car Israël reste le frère aîné dont la conversion est espérée.

Cette continuité et cette discontinuité déterminent l’enseignement de l’Eglise. Certes, Jésus-Christ est central, mais la vie de l´Eglise reste incompréhensible si l’on ignore son arrière-plan juif.

I. L’enseignement de Jésus

L’office de prophète constitue une partie de l’œuvre de Jésus et l´enseignement qu’il dispense correspond à sa mission de Sauveur des pécheurs. Jésus a reçu la sagesse divine qui surpasse toute sagesse humaine, même celle de Moïse. Dans le temple de Jérusalem, au milieu des docteurs, il écoute et questionne; la sagesse et l’intelligence de ses réponses étonnent (Lc 2:46, 47). Jésus est non seulement élève, mais encore docteur, bien que fils de la Loi. A l’âge de 30 ans, baptisé par Jean et rempli du Saint-Esprit, Jésus commence son enseignement: “Quand le sabbat fut venu, il se mit (selon la coutume juive) à enseigner dans la synagogue.” (Mc 6:2) Jésus ressemble à un rabbi, un enseignant (didaskalos) dans la pure tradition juive; il commente la Torah. Ce qui frappe, dans le cas de Jésus, c’est qu’il s’applique l’Ecriture à lui-même comme, par exemple, à Nazareth: “Aujourd’hui cette Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie”. La vie de Jésus est un accomplisement parfait de la Torah.

En plus de la foule, Jésus enseigne le cercle étroit de douze disciples (mathètai) , qui constitue le début de l´Eglise chrétienne issue d’Israël. Chez les autres, il fallait s’inscrire pour suivre leur enseignement tandis qu’avec Jésus, c’est l’inverse: c’est lui qui appelle l’un après l’autre ses disciples pour former une communauté spirituelle vivante d’apprentissage. Le Maître est en même temps le Berger de ses brebis.

Luc 4 nous montre comment Jésus enseigne les Ecritures. Le jour du sabbat, il est debout dans la synagogue pour les lire et les citer:

L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint; il m’a envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé. Pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce du Seigneur. (vv.18, 19)

Puis, il s’assied et explique l’Ecriture [1] . L’explication de l’Ecriture par Jésus a suscité des résistances. Elle implique un engagement et n’est pas (comme en Grèce) une instruction qu’on peut écouter sans autre conséquence sur la vie. L’instruction de Jésus s’inspire de l’enseignement juif; elle est pratique et s’adresse à tout l’homme (volonté, sentiments,…) tout en faisant ressortir le sens profond des Ecritures. Jésus est patient et recommence autant que nécessaire ses explications quand les disciples ne comprennent pas. Il en est ainsi avec les disciples d´Emmaüs qui sont au désespoir parce qu’ils croient que Jésus est mort et que tout espoir est évanoui. Jésus leur dit:

Hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes. Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte et entrer dans sa gloire?… alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Ecritures. (Lc 24:2, 26, 45)

Jésus est le centre de l’Ecriture, non seulement dans son œuvre, mais encore dans sa volonté, ses commandements. En lui se manifestent la volonté réelle et l’amour radical de Dieu. Les Béatitudes ainsi que le résumé de la Loi en constituent de grands exemples.

Jésus enseigne d’une toute autre façon que les scribes qui connaissent à fond l’Ecriture et ne cessent de décortiquer la Loi pour découvrir la signification précise de ses prescriptions grandes et petites. Leur travail est sans effet sur la vie. Jésus, en revanche, s’exprime avec l’autorité (Mt 7:29) de son Père, qui parle par lui. Ses paroles sont des actes comme la Parole divine, la parole créatrice, est un acte.

Dans toutes ses activités d’enseignement, Jésus se révèle comme Messie, Fils de Dieu et Fils de l’homme, le Serviteur de l’Eternel, la pierre angulaire du plan de Dieu [2] . Quand il instruit la femme samaritaine, il l’amène à croire qu´il est le Messie qui devait venir, ce qu’il commente dans la suite de l’évangile de Jean en se servant d’images évocatrices: “je suis” le pain vivant, la lumière du monde, le bon berger, etc. Il initie ainsi ses disciples à son œuvre salvatrice, à ses souffrances, à sa mort et à sa résurrection et il leur présente l´action du Saint-Esprit qui, à son tour, sera leur Maître. Puis il se tourne vers l’avenir, où son retour occupe une place centrale.

II. Le royaume comme cadre de l’enseignement de Jésus

L’enseignement de Jésus reste dans le cadre de l’Alliance, bien que le mot soit rarement utilisé dans les Evangiles [3] . Dans son instruction, Jésus invite à répondre à l’appel de l’alliance en croyant en lui qui en est le centre. Le mot “Alliance” est proche dans son sens et cependant distinct de “Royaume de Dieu”, que l’on trouve dans l’enseignement de Jésus. Le royaume est étroitement lié au peuple d´Israël, peuple d’Abraham et peuple de l’Alliance. Matthieu 8:12 parle des juifs comme des “fils du royaume”.

Cependant, il y a entre l’idée du Royaume de Dieu et Israël un rapport critique et plein de tension qui rend impossible leur identification pure et simple. Plusieurs paraboles soulignent la fonction critique du Royaume de Dieu à l’égard du peuple de l’Alliance. La même idée se trouve dans le terme “nouveauté” appliquée à la nouvelle alliance par rapport à l’ancienne alliance. L’alliance se renouvelle maintenant par l’œuvre salvatrice de Jésus-Christ dont l’enseignement a pour objectif que nous soyons des nouveau-nés par le miracle de la régénération. Celui qui croit en Jésus est vraiment un enfant de l’Alliance; Dieu l’a voulu et il inverse les rôles: les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers (Mt 20:16). D’une part, Jésus coupe court à toute prétention, tout automatisme liés à l’alliance et, d’autre part, il cherche ce qui est perdu pour le sauver, comme Zachée qui, lui aussi, est un enfant d’Abraham (Lc 19:9).

C’est ainsi que l’idée d’alliance joue indirectement un rôle dans l’enseignement de Jésus. Comme sujet du Royaume, appartenant à la nouvelle Alliance, on apprend en s’abandonnant complètement à Jésus. Le Royaume de Dieu déborde les “anciennes” frontières et n’est plus limité à Israël, mais englobe ceux qui étaient à l’extérieur. L’enseignement de Jésus ne sera compris tout à fait qu´à la Pentecôte, lorsque les peuples entrent dans le cercle de lumière du Royaume de Dieu. Désormais cet enseignement sera dispensé dans le monde entier jusqu’à ce que tout genou fléchisse devant Jésus.

III. Le contenu de l’enseignement de Jésus

Jésus enseigne l’Ecriture qui témoigne de lui, à savoir:

  • La foi en lui, le Messie, qui est prophète, prêtre et roi et en son œuvre (Mt 16:16).
  • Les commandements dans toute leur profondeur et exempts de légalisme (Mt 5:38, 39). Le radicalisme du commandement de Jésus, c’est l’amour profond pour ses ennemis et l´ardeur à prier pour ceux qui l’ont fait mettre à mort.
  • La prière sans vaines redites, comme celle des païens, qui croient que le nombre de leurs paroles assure leur pardon, et sans ostentation comme celle des Pharisiens, mais d´un cœur sincère, dans le secret d´une chambre.

IV. L’enseignement didactique de Jésus

La pédagogie de Jésus est didactique, comme en témoignent les paraboles. Le théologien juif Pinchas Lapide dit qu´elle a

la fantaisie orientale qui parle en images et paraboles pour désigner la vérité indicible du salut… La vigne, les ouvriers méchants du vignoble, le figuier, les fils du royaume, le fils perdu, le repas de noces, le serviteur fidèle, tous ces propos et toutes ces images bibliques et des centaines d’autres encore sont riches d’allusions pour des oreilles juives qui connaissent la Bible…

Les paraboles de Jésus veulent, premièrement, révéler quelque chose à l’aide d’images familières que tout le monde comprend et, deuxièmement, cacher le vrai secret à ceux qui ne croient pas en lui et qui ne veulent pas comprendre. Jésus opère ainsi, dans son enseignement, une séparation entre la foi et l’incroyance.

Jésus enseigne également par des actes miraculeux qui sont des signes, des présages de ce qui arrivera, un jour, lorsque son Royaume viendra dans sa perfection et que le pouvoir du diable sera anéanti. L’enseignement de Jésus par ses miracles comporte un aspect eschatologique qui annonce les nouveaux cieux et la nouvelle terre, lorsque toutes les prophéties de l’Ancien Testament seront accomplies. Les attitudes et les gestes de Jésus nous instruisent également. Il impose les mains et bénit les petits enfants, il écrit dans le sable lorsqu’on lui amène la femme adultère (Jn 8:1-11), il accepte l’onction de ses pieds par une femme pécheresse. Tout parle de sa personne et de son œuvre, et nous montre qui est Dieu et quelle est sa volonté pour l’homme.

V. L’enseignement dans l’Eglise primitive

Les premiers chrétiens sont des “disciples” qui restent élèves tout au long de leur vie; ils sont enseignés par le Saint-Esprit. L’apprentissage du Christ (Ep 4:20), “apprendre à connaître Christ”, est synonyme de devenir et rester chrétien. L’Esprit de Christ enseigne et les chrétiens enseignent , car Dieu a voulu l’un et l’autre. En Matthieu 28:19, l’exhortation “enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit” correspond à une mission à trois volets:

  • l’enseignement qui précède le baptême. Faire des disciples, des adeptes de Jésus;
  • le baptême, avec l’eau comme double symbole du dépouillement du péché et d’une vie nouvelle;
  • la mise en application constante de ce que Jésus a ordonné.

Le baptême est un point de repère dans l’apprentissage du chrétien au sein de l´Eglise, en tant que signe de la nouvelle naissance et de la réception des dons conférés par le Saint-Esprit. Plus on apprend à connaître Christ, plus on reçoit en lui, et plus on manifeste les fruits de l’Esprit qui édifient l´Eglise.

L’enseignement avant le baptême est missionnaire, comme dans le cas de l’Ethiopien (Ac 8). Dans la première période de l´Eglise, il n’a pas encore de structure déterminée. Il est donné aux juifs dans la synagogue; prédication et instruction, exégèse et application, discours et confessions s’y entremêlent [4] . Parfois cet enseignement n’a eu qu’un caractère éphémère, n’étant pas toléré par les chefs officiels de la synagogue; alors les apôtres partent vers d’autres lieux, comme l’école de Tyrannus à Ephèse (Ac 19:9) ou les maisons des futurs chrétiens (Actes 10). C’est l’occasion d’entrer en contact avec les païens, qui ne peuvent pas pénétrer dans les synagogues.

L’enseignement avant le baptême aboutit à la confession de foi que Jésus est le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Il s’agit d’un choix public pour le Christ, d’une “belle confession” comme celle de Timothée faite devant plusieurs témoins (1 Tm 6:13). Cet enseignement expose quelle est la position du chrétien face à l’Ancien Testament, aux commandements et aux traditions d’Israël, à la culture païenne environnante et aux courants spirituels et religieux comme le gnosticisme. L´Eglise persévère dans l’enseignement des apôtres (Ac 2:42) et croît dans la connaissance de Dieu et de sa grâce (1 Co 12:10; 2 Th 1:3); elle discerne quelle est la volonté de Dieu (Rm12:2), s’édifie sur le fondement des apôtres et des prophètes pour former une maison spirituelle (1 Pi 2:5) dont Jésus-Christ est la pierre angulaire (Ep 2:20).

Dans les jeunes Eglises, les personnes ayant la tâche spéciale d’enseigner sont appelées, comme à Antioche, “docteur” (Ac 13:1); à Ephèse, le docteur est aussi le pasteur. A Ephèse et à Corinthe, Apollos, qui est instruit par Priscille et Acquilas, s’occupe également de l’enseignement (Ac 18:25-26). Dans les Eglises de Galatie, il y a un catéchète (Ga 6:6). Le Nouveau Testament ne nous renseigne guère sur la façon dont l’enseignement est dispensé, mais il est vraisemblable qu’il est donné dans les réunions organisées dans les maisons, dans des endroits sûrs, à l’occasion de baptêmes, etc. L’enseignement est oral et s’appuie sur les Ecritures de l’Ancien Testament (1 Co 15:3). Plus tard, il utilise les ép”tres et les évangiles du Nouveau Testament. Les sacrements du baptême et de la Cène, comme les miracles et les signes qui se produisent alors, sont une visualisation du salut en Christ. Aussi ont-ils une signification didactique particulière.

Les enfants aussi appartiennent à l´Eglise car ils sont qualifiés de “saints” (1 Co 7:14). A la Pentecôte, Pierre dit, dans son discours, que la promesse du Saint-Esprit est aussi pour les enfants (Ac 2:39). Lorsque les adultes qui se sont ralliés à l´Eglise ont reçu le baptême, les membres de leur famille les reçoivent aussi comme ceux de Corneille et du geôlier de Philippes. Dans l´Orient ancien, il ne pouvait en être autrement. Ephésiens 6:1-3 et Colossiens 3:20 autorisent à penser que les enfants assistent aux réunions de l´Eglise dans lesquelles lecture est faite des épîtres. A noter, en effet, que Paul s’adresse spécialement aux enfants (Ep 6:1). L’éducation du jeune Timothée nous sert d’illustration. La foi de sa grand-mère Loïs et de sa mère Eunice lui a été transmise et l’éducation dans la foi que donnent les parents s’inscrit dans le prolongement de la pratique en Israël.

VI. L’apprentissage chrétien

i) Son but

Devenir disciple, fidèle de Jésus-Christ, est le but de l’apprentissage dans le Nouveau Testament. Il s’agit moins d’acquérir un savoir que de connaître le Seigneur et de le suivre. En Philippiens 3:10, Paul écrit: “Mon but est de le connaître, lui, ainsi que la puissance de sa résurrection.” Le lien de foi qui nous unit à Christ détermine toute la vie, un “style de vie”. L’amour est central comme dans l’enseignement de Jésus: “Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour.” (Col 2:7) Vivre cela implique de se dépouiller du vieil homme et de revêtir l´homme nouveau. Le vieil homme vit dans le péché et l´homme nouveau mène une vie qui honore Dieu. L’apprentissage et la conversion sont unis. Dans l´apprentissage, le Saint-Esprit renouvelle les êtres humains afin qu’ils deviennent ce qu’ils sont en Christ: appelés à être saints (1 Co 1:2), fils de l’Alliance (Hé10:16), du Royaume de Dieu (1 Th 2:12). Cette pédagogie permet d’acquérir le don de discerner entre le bien et le mal afin de ne plus être des enfants, flottants et entraînés à tout vent de doctrine (Ep 4:14) mais de “dire la vérité avec amour” (v. 15).

A cette croissance personnelle dans la foi s’ajoute l’édification des Eglises dans la foi, l’espérance et l’amour; tels sont les buts de l’enseignement selon le Nouveau Testament.

ii) Son contenu

En s’appropriant – dans son esprit et dans son cœur – le contenu de l’enseignement, le disciple est sur la bonne voie pour atteindre l’objectif: connaître Dieu en Jésus-Christ. Il s’agit, d’une part, de la doctrine , la didachè , qui comprend des thèmes comme: Dieu, ses actes, ses promesses, ses commandements, la personne, l’œuvre et l’avenir de Jésus-Christ. Cette doctrine est un système de vérités non pas abstraites mais fonctionnelles et vivantes. Face à une fausse doctrine, il faut conserver “le bon dépôt” ( parathèkè , 1 Tm 6:20). Il s’agit, d’autre part, d´un enseignement concernant la vie chrétienne , l’éthique. La jeune Eglise a besoin d’être éclairée sur nombre de questions pratiques, à savoir les lois juives, les habitudes des païens, le comportement à adopter face au paganisme, etc. La prière est intégrée à cette instruction, car c’est en priant et en rendant grâces qu’on devient disciple de Jésus. Aussi Paul dit-il: “Priez sans cesse” et “En toute circonstance, rendez grâces” (1 Th 5:17, 18).

Il y a des étapes dans l’instruction qui permettent aux nouveaux convertis de croître dans la foi. Au début, ils sont nourris de lait comme les petits enfants; puis ils reçoivent une nourriture solide, comme le suggère l’image de 1 Corinthiens 3. L’épître aux Hébreux (5:1, 2) évoque aussi le contenu de l’enseignement de l´Eglise. Elle présente les principes essentiels de la foi chrétienne sous forme de trois cercles concentriques:

  • la conversion avec l’abandon des œuvres de mort et la foi en Dieu; c’est la foi personnelle;
  • la doctrine du baptême et de l’imposition des mains; c’est la communauté chrétienne;
  • la résurrection des morts et le jugement dernier; c´est l’avenir.

En résumé, trois éléments sont toujours présents dans l’apprentissage du disciple: la foi , la relation personnelle avec Dieu; le commandement , la volonté de Dieu et une vie consacrée; la prière , l´action de grâces et de louange. La vie de l’apôtre Paul offre une combinaison remarquable de ces éléments spirituels.

iii) Sa méthode

Les méthodes didactiques utilisées avec ceux qui se rallient à l´Eglise nous sont largement inconnues. L’influence personnelle des apôtres a été importante. Leurs épîtres ont une autorité plénière due à leur inspiration par le Saint-Esprit. Elles sont lues dans les réunions et parfois expédiées à d’autres Eglises, comme l´indique l’épître aux Colossiens. Cette épître doit être expédiée à l´Eglise de Laodicée, qui fera part de celle qu’elle a reçue directement (Col 4:16). Les épîtres sont à la fois kérygmatiques et pastorales. Outre les épîtres, il y a aussi les évangiles. Si les épîtres proposent des réflexions, les évangiles racontent les hauts faits de Dieu en Jésus-Christ. Les besoins particuliers des destinataires expliquent la coloration, l’angle d’approche et l’éclairage de chacun des quatre évangiles. Cependant, malgré leur diversité, ces écrits n’ont qu’un seul but:

Ceci est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. (Jn 20:31)

iv) En résumé

1. L’apprentissage chrétien n’est pas intellectuel; selon la conception juive, il consiste plutôt à acquérir une sagesse pratique, comme l’indiquent les mots utilisésdans le Nouveau Testament [5] ; ces mots considèrent l’homme dans sa totalité: son intelligence, son cœur ainsi que ses faits et gestes.

2. L’apprentissage chrétien comporte un élément d’autorité. Ecouter est impossible si on ne s’engage pas. Cette notion d’autorité apparaît dans l’utilisation du mot katèchein , qui signifie littéralement: faire entendre d’en haut. Il ne s´agit pas d’un pouvoir humain ou d’une autorité humaine, mais de l’autorité de Dieu qui s’est révélée en Jésus. C´est pourquoi une séparation nette entre enseignement et proclamation n’est pas possible, comme cela ressort de plusieurs textes des Actes où les deux mots se suivent (par exemple: 5:42; 15:35; 20:20; 28:31).

3. Dans le Nouveau Testament, l’accent tombe tantôt sur l’enseignement des docteurs donné avec autorité, tantôt sur l’apprentissage de l’élève présenté comme un voyage de découverte. Le premier protège des fausses doctrines; le second d´une émancipation excessive. La démarche est réciproque. “Instruisez-vous et avertissez-vous réciproquement, par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels.” (Ep 3:16)

4 . L’apprentissage est intégré à la vie communautaire. Il n’a pas une place à part, ou isolée dans l´Eglise. Il est tellement relié aux autres aspects de la vie communautaire qu´il ne s’en distingue pas toujours.

5. L’apprentissage dure toute la vie. On reste toujours disciple et on n’a jamais fini d’apprendre. En apprenant, on agit et en agissant, on apprend. C´est ainsi que s’effectue la croissance de la foi. Cette croissance peut être douloureuse, car apprendre veut dire changer, se convertir. Quoi qu’il en soit, notre connaissance demeurera partielle. Ce qui est parfait viendra plus tard.


1 Cette habitude a été longtemps en usage, aussi dans l´Eglise chrétienne. Nous lisons qu’Augustin prononçait ses homélies assis.

2 Mt 8:17, Es 53:4; Mt 11:19, Dn 7:13; Mt 21:42, Ps 118:22-23.

3 On trouve le terme dans l’institution de la sainte Cène où Jésus parle de la nouvelle Alliance (kaine diatheke) . Cet événement est l’accomplissement de la prophétie de Jérémie 31, qui se réalise dans la vie de Jésus.

4 Comme à Salamis (Ac 13:15), Antioche (Ac 17:1), Iconium (Ac 14:1), Thessalonique (Ac 17:1), etc.

5 Didaskein : apprendre pour comprendre les Ecritures. Katèchein :apprendre quel est le contenu de la foi en Jésus-Christ. Manthanein : apprendre, surtout au sens de “former”. Paideuein : apprendre, c’est accompagner au cours de la vie.

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Wim VERBOOM

Le professeur Wim Verboom, qui enseigne la catéchèse aux futurs pasteurs à l’Université de Leyde, aux Pays-Bas, nous propose trois études.

Son plan général est le suivant:

– Introduction et l’enseignement religieux dans l’Ancien Testament. –L’enseignement religieux dans le Nouveau Testament. –Education et catéchèse aujourd’hui.

Les deux premières études ont paru dans les numéros précédents; voici la troisième et dernière.

Beaucoup de confusion et d’incertitude entoure la transmission de la foi.

Il n’est pas juste d’appliquer tout simplement les données bibliques à notre temps. Il convient plutôt, à partir des structures offertes par la Bible, de trouver des directives permettant d’assumer notre responsabilité actuelle d’enseigner et d’éduquer nos enfants et nos jeunes. Dans cette étude, nous allons nous intéresser à deux des lieux où s’effectuent l’éducation et l’enseignement de la nouvelle génération. C’est d’abord la famille, avec la tâche des parents et, ensuite, la communauté ecclésiale, avec la tâche des pasteurs et celle de tous ses membres. Il en existe un troisième, à savoir l’école, qui ne sera pas traité ici.

I. La tâche des parents dans la famille

Je prends comme point de départ le baptême de l’enfant, même si je sais bien que certains font un autre choix. Pour la foi réformée, les enfants sont baptisés quand ils sont tout petits. Le baptême est, en effet, le signe et le sceau de l’Alliance de grâce que Dieu a conclue avec les parents et leurs enfants. Dieu incorpore les enfants dans son Alliance. Autrement dit, il est le premier dans la relation qui unit Dieu et l’homme. Les hommes ne cherchent pas Dieu spontanément, mais le Seigneur les cherche dans sa grâce avant qu’ils puissent le faire.

Ainsi Dieu promet sa grâce à nos petits enfants. Selon une liturgie hollandaise classique,

– être baptisé au nom du Père veut dire que Dieu promet d’être notre Père céleste;

– être baptisé au nom du Fils veut dire que Dieu le Fils promet de nous sauver de la damnation que nous méritons à cause de nos péchés;

– être baptisé au nom de l’Esprit saint exprime la promesse que Dieu fortifiera la foi dans nos coeurs et nous rendra participants du salut que Christ a effectué.

Dans son Alliance, le Seigneur promet tout cela aux enfants des croyants et il attend une réponse de l’enfant baptisé qui, en grandissant, est appelé à répondre par l’affirmative à ses commandements et à ses promesses. C’est là un processus de conversion (ou de renaissance) et de foi, qui se concrétise dans l’acte public de la profession de foi.

Il est donc extrêmement important que les enfants et les jeunes apprennent à connaître Jésus-Christ comme leur Sauveur personnel et à le confesser. Cette connaissance n’est pas innée. Personne ne la développe en lui-même. Pour cela, on a besoin du Saint-Esprit, qui ouvre le coeur fermé à la Parole de Dieu. Il nous pousse à nous réfugier dans les bras de Jésus-Christ avec tous nos péchés, à lui faire confiance afin qu’il nous aide à vivre comme un enfant de Dieu. Tout cela est promis dans le baptême. Tout est fondé sur la promesse de Dieu.

Le plus souvent le Saint-Esprit travaille indirectement, c’est-à-dire en faisant appel à des personnes, par exemple les parents qui apprennent aux enfants et aux jeunes à répondre à l’Alliance de Dieu. La Bible attache beaucoup d’importance à cette tâche des parents. Deutéronome 6 et le Psaume 78 la décrivent et la chantent. En Ephésiens 6:4, Paul y insiste. Les parents devront prendre cela à coeur et comprendre qu’ils sont des instruments dans la main de Dieu.

II. L’éducation des petits enfants

Cette éducation commence dès avant la naissance. Les parents qui attendent un enfant prient Dieu afin qu’il veuille le bénir et permettre qu’il soit sauvé avec eux temporellement et éternellement.

Il est essentiel que, dès le début, l’enfant grandisse dans une ambiance de sécurité, ce qui se passe dans la première période de sa vie ayant, ensuite, une influence déterminante. Le climat de la famille où l’enfant grandit doit être un climat de foi qui reflète la confiance que les parents connaissent eux-mêmes en Jésus-Christ.

Une des premières choses à apprendre aux enfants, c’est à prier. D’abord, la mère prend les petites mains de l’enfant et prie pour lui. Ensuite, l’enfant doit apprendre à joindre les mains et à fermer les yeux lui-même et à répéter la prière de sa maman. On peut le faire à l’heure du dîner, au coucher ou quand l’enfant se lève. Pour ces trois moments, le Réformateur Luther a consigné quelques belles prières dans son Petit Catéchisme (1529). Les abécédaires (manuels d’école) de la Genève de Calvin proposent de telles prières. En ouvrant la Bible, les parents mettent leurs enfants en contact avec le Seigneur, ses promesses et ses commandements. La Bible est le livre où Dieu se révèle et offre son salut aux hommes. Que saurions-nous de Dieu s’il ne s’était pas présenté lui-même dans sa Parole?

Un bon instrument est La Bible racontée aux enfants , où on lit les histoires les plus importantes. Ainsi la Bible devient familière aux enfants. Pourtant, ces ouvrages ne sont pas la Bible elle-même; ils ne font que montrer la voie qui y mène, comme le précise son auteur, Anne de Vries.

Ensuite, il est très important que les enfants comprennent qu’ils font partie de la communauté chrétienne. La famille où ils grandissent n’est pas isolée des autres familles qui appartiennent aussi à celle-ci. C’est pourquoi il est nécessaire que le dimanche, les parents emmènent leurs enfants au culte. Ceux-ci font totalement partie de la communauté et dans le culte, on peut très bien tenir compte de leur présence. Des rassemblements d’enfants, où les petits s’appliquent à chanter, à écouter la Parole et apprennent à être ensemble au nom de Jésus, sont une grande bénédiction. Il faut que les parents saisissent les occasions de parler aux enfants de leur foi en Jésus-Christ et de les mettre en contact avec le Seigneur, notamment au moment du coucher en évoquant les événements de la journée. L’enfant avant de s’endormir devrait non pas se remémorer les images de la télévision, mais penser à la conversation intime qu’il vient d’avoir avec papa et maman, ou à la lecture de la Bible ou d’un autre livre sur la foi.

Dans la vie de famille, certaines habitudes ou certains rituels sont utiles. L’éducation religieuse exige de l’ordre et des règles (lecture de la Parole de Dieu et prière). De plus, il y a des habitudes et des activités susceptibles d’avoir une bonne influence sur l’éducation, comme chanter des cantiques après le dîner. Des parents prêtent une attention spéciale à la date du baptême de leur enfant et lui racontent, tout jeune, que ce jour-là Dieu s’est engagé à son égard d’une façon particulière. Il y a aussi de multiples formes de célébrer les fêtes chrétiennes comme Noël, Pâques, etc.

De nos jours, il n’est pas facile, pour les parents, de donner une bonne éducation chrétienne, car ils sont souvent dépourvus d’expérience et ne savent pas par où commencer et comment procéder ensuite. Tous les moyens leur sont d’un grand secours: livres très simples où sont décrits les aspects élémentaires du culte, du baptême, de la sainte cène, etc.

Le rôle des parents est de la première importance. Comment les enfants apprendront-ils que Dieu est digne de confiance si leurs parents qui en parlent ne le sont pas? Chaque parent est appelé à prier: « Dieu, rends-moi sincère, afin de montrer à mes enfants quelque chose de ta vérité et de ton amour. » Quelle bénédiction s’il manifeste par son attitude sa joie de croire au Seigneur Jésus. Ce que les enfants apprennent dès la plus tendre enfance garde son importance pour toujours et porte son fruit quand Dieu le veut.

L’image de Dieu que les parents donnent, consciemment ou inconsciemment, à leurs enfants est très importante. Est-ce un Dieu dur ou plein d’amour, sévère ou tolérant? La Bible est normative. Les parents ont promis d’être fidèles; cela vaut également pour l’éducation de leurs enfants. Les parents qui ont dit « oui » au baptême de leur enfant doivent résister à la séduction actuelle de le laisser n’en faire qu’à sa tête. Ce n’est pas respecter sa liberté, mais le placer dans une situation d’esclavage.

Il y a certes des situations très compliquées. Que les parents qui ont besoin d’assistance la cherche auprès de leur médecin et surtout de leur pasteur, et qu’ils lisent des ouvrages de pédagogie. Ce sont là de bons moyens pour éviter de trop graves erreurs.

III. L’éducation des enfants plus âgés

Normalement, les enfants entrent dans une nouvelle période de leur vie à l’âge de douze ans. Leur phase enfantine est terminée; un monde plein d’autres milieux que celui de leur propre famille et de cultures différentes s’ouvre devant eux. Ils découvrent des enfants éduqués autrement et professant une autre religion. Jusque-là, ils ont suivi leurs parents. Cala va changer maintenant.

Ils sont à la recherche de leur identité. Pourquoi suis-je tel que je suis? Pourquoi ne suis-je pas comme les autres qui vivent différemment? Pourquoi est-ce que je vis? Au fond, est-ce que je veux vivre comme mes parents? Les questions se multiplient. Période très difficile pour les jeunes. Au lieu d’imiter, ils vont chercher une attitude propre. Ils vont éprouver les normes et valeurs de leurs parents et chercher à discerner si elles sont vraiment fonctionnelles pour eux. Sont-elles utiles pour la vie de tous les jours? Sont-elles dignes de confiance? Pendant cette période de leur vie, les jeunes ont un esprit critique développé; c’est normal dans notre culture, bien que dans la Bible cela ne s’observe guère.

En ce qui concerne leur vie religieuse, les jeunes se replient souvent sur eux-mêmes après avoir été très ouverts et spontanés. A l’âge de la puberté, beaucoup sont temporairement peu communicatifs alors qu’ils sont très vulnérables sur le plan religieux. Certains renient l’Eglise et la foi à la grande tristesse de leurs parents et de leurs grands-parents. D’autres, moins radicaux, remettent à plus tard le moment du choix.

Mais, par la grâce de Dieu, il y a heureusement des jeunes qui font le bon choix (1 Tm 6:12), parfois à travers une crise. Il arrive même qu’ils soient un exemple pour les adultes.

Pendant toute la période de la croissance des enfants, causer avec eux est très important, même si cela devient de plus en plus difficile. Les parents ont souvent beaucoup de peine à écouter, n’ayant pas appris à dialoguer avec leurs enfants. Même s’il n’y a pas d’abîme entre les générations, ils peuvent avoir le sentiment qu’il existe une sorte de cloison en verre entre leurs enfants et eux. Ils se sentent parfois menacés par ce qu’ils entendent et ne l’acceptent pas. La conversation demande, en effet, beaucoup d’abnégation et un processus d’apprentissage, mais l’énergie et le temps consacrés aux conversations pendant cette période sont loin d’être perdus. Si l’occasion d’un moment propice au dialogue se présente, il faut la saisir. Tant pis si l’heure du coucher est tardive; cela vaut la peine.

Josué présente un exemple magnifique de dialogue entre parents et enfants après le passage du Jourdain par un acte puissant de Dieu en faveur de son peuple. Douze pierres dans la rivière le rappellent désormais. Chaque fois que les jeunes interrogent sur le sens de ces pierres, les parents ont l’occasion de rendre un témoignage de leur foi, non pas tant en raisonnant qu’en racontant tout simplement qui est le Seigneur et ce qu’il a fait pour eux.

Une conversation est un dialogue entre deux interlocuteurs. Elle doit être ouverte. En parlant, on avance quelque chose, on montre la voie, on ne prescrit pas. Les jeunes gens sentent très bien l’intention de leurs parents qui, eux aussi, commettent des fautes, et ils l’apprécient.

Si le dialogue entre parents et enfants ne s’établit pas, ceux-ci peuvent menacer de quitter la maison si leurs parents continuent de parler de la foi. Dans ce cas-là, les parents n’ont qu’à se tourner vers Dieu et à prier avec persévérance pour leurs enfants, en rappelant au Seigneur l’Alliance qu’il a conclue avec ceux-ci. Pensons à la mère d’Augustin, Monique. Quand son fils s’est détourné de Dieu et de sa Parole, elle a persévéré dans la prière pour lui pendant trente ans. Un jour, l’évêque Ambroise, de Milan, lui a dit: « Un enfant objet de tant de prières et de larmes ne peut pas périr. » Plus tard, Dieu a exaucé ses prières. Augustin a confessé sa foi en public et, dans l’Eglise, a été un homme de grande envergure. Il est la preuve que Dieu entend les prières et les exauce.

IV. La tâche de la communauté pour les jeunes

Dans la Bible, la tâche d’enseignement des parents dans la famille est attachée à celle de la communauté. A notre époque individualiste, il est grand temps de le remarquer. Bien des parents enferment l’éducation religieuse de leurs enfants entre les murs de leur maison et ne veulent pas que d’autres s’en mêlent. La Réforme a connu le parrain et la marraine, deux personnes qui sont à côté des parents pendant le baptême. Ces témoins répondent aussi aux questions posées aux parents du baptisé et promettent également d’éduquer l’enfant selon la Parole de Dieu. Ils le font de la part de la communauté, qui se sent responsable, avec les parents, du bien-être spirituel des enfants.

Comment cette responsabilité de la communauté vis-à-vis des enfants peut-elle prendre forme? Par des catéchismes à l’intention des parents qui ont fait baptiser leurs enfants, où l’on parle de la signification du baptême et de l’éducation qui en résulte ainsi que des expériences faites. Cela crée un lien solide entre les parents, qui se sentiront encouragés dans leur tâche.

Dans l’Eglise, des programmes d’apprentissage destinés aux enfants peuvent être institués. Depuis longtemps déjà, il existe des écoles bibliques dans les Eglises. C’est là qu’on raconte les histoires de la Bible aux enfants, qu’on leur apprend à chanter des chants spirituels et que l’on prie avec eux.

Aujourd’hui, de nouvelles formes existent. A partir de douze ans, les jeunes suivent le catéchisme. Au temps de la Réforme, ils confessaient leur foi beaucoup plus tôt qu’à notre époque, du moins dans les Eglises de tendance réformée. La catéchèse pour les jeunes de douze à vingt ans qui se pratique de nos jours n’existait pas. Cette catéchèse « normale » est menacée alors qu’à cette période de leur vie, les jeunes sont exposés à la sécularisation et ont beaucoup d’autres choses à faire. Les intérêts des jeunes et le message central de la religion chrétienne s’affrontent. Entre la tradition et la culture actuelle des jeunes, il y a souvent un abîme. C’est pourquoi il est essentiel de rechercher ensemble comment attirer et capter l’attention des jeunes. Il faut les rendre actifs. Le catéchisme est un processus d’apprentissage qui vise l’homme entier, la tête, le coeur et la main.

L’élément cognitif est important et la connaissance intellectuelle nécessaire. Osée dit: « Mon peuple périt parce qu’il lui manque la connaissance. » Trop de gens, aujourd’hui, n’ont qu’une faible connaissance des Saintes Ecritures. La connaissance affective est également importante. Les jeunes peuvent l’acquérir en dialoguant et en partageant leurs expériences avec les autres.

La communauté ne doit pas oublier ceux qui risquent facilement de rester en marge de la paroisse: les jeunes qui ont un handicap mental et ont besoin d’une catéchèse spéciale adaptée à leur développement intellectuel et psychique.

Un pasteur hollandais bien connu au XVIIe siècle, Wilhelmus A. Brakel a dit: « Je n’arrive pas à comprendre les pasteurs qui vivent et meurent tranquillement sans avoir pris au sérieux la catéchèse. » Ce n’est pas uniquement le pasteur qui doit s’en occuper; c’est aussi la tâche de l’Eglise, même si l’exécution pratique est le fait du pasteur et de quelques autres…

Il est souhaitable, comme l’enseigne la Bible, que la catéchèse aboutisse à une profession de la foi en public. L’Alliance fondée par Dieu attend une réponse; l’amour doit être réciproque. A notre époque, cependant, il n’en est plus toujours ainsi. Si des jeunes décident de la faire, cette confession de la foi est le résultat d’un vrai choix et il importe de les aider à s’y préparer. Le moment où ces jeunes gens prononcent leur grand « oui » en présence de toute l’Eglise est plus émouvant encore si des jeunes ne faisant pas partie de l’Eglise jusque-là veulent se faire baptiser et confesser leur foi.

Conclusion

Selon la Bible, il est clair que, dans le domaine de la foi, l’apprentissage ne s’arrête jamais. Il dure toute la vie. Le Nouveau Testament précise que l’Eglise continue d’apprendre sans cesse. En Actes 2:42, on lit: « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. » En d’autres termes, l’apprentissage fait partie intégrante de la vie communautaire.

A l’époque de la Réforme, on avait compris que l’Eglise était une communauté d’apprentissage permanent. Si l’accent a été mis sur l’enseignement des enfants et des jeunes, la formation permanente des adultes existait aussi. Au fond, chaque culte est une forme de catéchèse, d’enseignement de la Parole. A la Réforme, il existait un culte d’apprentissage où petits et grands apprenaient ensemble.

Pourtant les cultes ne suffisent pas et il faut que, dans la vie de tous les jours, les membres de l’Eglise s’arment spirituellement afin de témoigner de l’Evangile, d’assumer une tâche dans l’Eglise ou dans la société. On ne cesse d’apprendre du berceau à la tombe.

Comme l’écrit Kohlbrugge, dans son livre Questions et réponses pour éclairer et confirmer le catéchisme de Heidelberg , à la question: « Combien de temps faudra-t-il pour apprendre la première question (quelle est ton unique assurance dans la vie comme dans la mort?) et la première réponse du catéchisme? », il répond: « Toute la vie. »

Ainsi soit-il!

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